Les insurtech sont en train de réécrire les règles du jeu sur le marché africain des assurances, où les plus grosses parts restent encore à prendre. En lançant des offres 100% digitales et basées sur les avancées permises par le numérique, elles se démarquent par plus de souplesse et de transparence dans la relation client, les usages et la tarification.
Déroutés, les acteurs historiques du secteur tentent, tant bien que mal, d’organiser la riposte en nouant des partenariats capitalistiques ou commerciaux avec cette galaxie éclectique de jeunes pousses dotées d’un impressionnant pouvoir disruptif.

En Afrique, les insurtech ou assurtech, autrement dit les start-ups du secteur des assurances, sont une tendance de fond et non pas un simple effet de mode. Ces pépites à haut potentiel technologique s’enracinent de plus en plus dans le secteur, et commencent même à tailler des croupières aux compagnies solidement établies de par leur taille et leur au savoir-faire centenaire (les assureurs sud-africains Sanlam et Santam ont été fondés respectivement en 1917 et en 1918, Ndlr).

Près de la moitié des 160 assurtech recensées en 2016 dans les pays émergents par le cabinet d’audit et de conseil américain McKinsey, opèrent en effet en Afrique subsaharienne. Dans ce nouvel écosystème d’entreprises technologiques actives dans le secteur des assurances, l’Afrique du Sud et le Kenya tiennent le haut du pavé, avec respectivement 17 et 14 start-up.

Près de la moitié des 160 assurtech recensées en 2016 dans les pays émergents par le cabinet d’audit et de conseil américain McKinsey, opèrent en effet en Afrique subsaharienne.

Fait très révélateur sur l’essor de ces assureurs 4.0 : les levées de fonds réalisées en 2017 par ces entités ont augmenté de 470 % par rapport à 2016, pour s’établir à plus de 14 millions de dollars, selon une étude rendue publique en février dernier par le fonds de capital-risque Partech Africa.

Bien qu’elles n’aient pas encore atteint le stade de licornes (une licorne est une startup valorisée à plus d’un milliard de dollars), les insurtech africaines ont chamboulé les modèles actuariels en s’appuyant sur les diverses avancées permises par le numérique, comme l’Internet des objets (Iot), le data analytics, la technologie blockchain, le cloud computing, les objets connectés, l’intelligence artificielle et même les drones civils à usage commercial, pour mieux segmenter les produits, déterminer les profils de risques et personnaliser l’offre proposée en fonction des besoins réels du client. Ainsi, l’assurtech sud-africaine Naked Insurance a lancé en avril dernier une solution d’assurance automobile basée sur l’intelligence artificielle, qui permet aux assurés d’économiser le temps et l’argent.

naked insure

Grâce à une application mobile téléchargeable sur le site web de la start-up, les clients potentiels peuvent obtenir une proposition de tarif en 90 secondes et souscrire une police d’assurance en moins de 3 minutes, tandis que les clients existants ont la possibilité de modifier la liste des risques couverts instantanément et autant de fois qu’ils le souhaitent.

Grâce à une application mobile téléchargeable sur le site web de la start-up, les clients potentiels peuvent obtenir une proposition de tarif en 90 secondes et souscrire une police d’assurance en moins de 3 minutes.

L’utilisation d’algorithmes d’intelligence artificielle permet de réduire le montant des primes en supprimant les processus métier inefficaces tels que les centres d’appels et les experts chargés de la détection des fraudes. Mieux: Naked Insurance a lancé une option baptisée «Cover Pause», qui permet aux clients de suspendre leur couverture des risques en cas de non-utilisation du véhicule pendant une journée ou plus, ce qui réduit le montant des primes.

 

Une expérience client améliorée

Au Sénégal, la jeune pousse PlaNet Guarantee s’appuie sur des données satellites pour définir les seuils de pertes de récoltes ouvrant le droit à l’indemnisation, totale ou partielle, des agriculteurs. Ces données satellites permettent par exemple d’estimer l’évapo-transpiration relative des plantes et leur réponse au stress hydrique. L’analyse des données météorologiques permet également à PlaNet Guarantee de mieux prévoir les catastrophes naturelles et d’estimer, avant une tempête ou une inondation, l’état des dégâts.

Naked Insurance a lancé une option baptisée «Cover Pause», qui permet aux clients de suspendre leur couverture des risques en cas de non-utilisation du véhicule pendant une journée ou plus, ce qui réduit le montant des primes.

L’assurtech nigériane AutoGenius a lancé l’été dernier un produit d’assurance au profit des chauffeurs et des usagers de Taxify, un service VTC (véhicule de tourisme avec chauffeur) qui a pignon sur rue à Lagos. Ce produit couvre les clients et les conducteurs contre le risque de perte d’objets et les incidents pouvant se produire durant le trajet. «Nous avons réalisé que les Nigérians demandent des produits d’assurance, qui vont au-delà des risques classiques comme le décès, l’invalidité ou encore les incendies, pour couvrir des risques pouvant se produire lors de certaines activités ou circonstances spécifiques», a déclaré le fondateur d’AutoGenius, Kola Oyeneyin.

autogenius

Au Kenya, l’insurtech Hello Doctor a révolutionné le métier de l’assurance santé, en lançant une offre mobile baptisée «Semadoc» au profit des clients de M-Pesa, un service de paiement mobile de l’opérateur télécoms Safaricom. Moyennant une prime mensuelle de 300 shillings (2,85 dollars), cette solution entièrement digitale permet la prise en charge des frais d’hospitalisation et donne accès à une application de télémédecine qui permet des consultations médicales à distance 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Ces consultations concernent un large éventail de pathologies, dont le paludisme, le diabète, l’asthme, la goutte, les allergies saisonnières et les dysfonctions érectiles. Une équipe de 30 médecins se charge du diagnostic des maladies et de la prescription d’ordonnances à distance.

S’appuyant sur la forte pénétration du mobile dans la population et de l’usage déjà très répandu du paiement en ligne en Afrique, les insurtech proposent des offres qui améliorent considérablement l’expérience client. Finies les lourdeurs administratives : le client bénéficie d’une réduction des intermédiaires et peut obtenir une police d’assurances ou se faire indemniser en quelques clics.

Avidea, une jeune startup tunisienne fondée en 2017, vient de lancer la première application de dématérialisation des constats amiables automobiles en Afrique.

Avidea, une jeune startup tunisienne fondée en 2017, vient de lancer la première application de dématérialisation des constats amiables automobiles en Afrique. Baptisée «DigitConstat», cette application permet en quelques minutes de remplir le formulaire, de géolocaliser l’accident, de dessiner le croquis et de signer au doigt sur lʼécran du smartphone le constat à déclarer. Une version PDF signée est alors envoyée par mail en un clic aux deux assureurs et aux deux assurés.

 

Des offres ciblant le bas de la pyramide

Alors que l’Afrique pèse pour 15 % de la population mondiale, mais à peine pour 1,5 % du marché global des assurances, les assurtech sont en train d’améliorer la pénétration de l’assurance sur le continent en ciblant le bas de la pyramide.

BIMA, une assurtech spécialisée dans la micro-assurance à destination des pays émergents, fournit une couverture décès et hospitalisation à des clients vivant avec moins de 2,50 dollars par jour au Sénégal, au Ghana et en Tanzanie, en effectuant des micro-prélèvements mensuels sur le crédit téléphonique de ses clients. Résultat : 75% des clients de la start-up d’origine suédoise n’ont jamais souscrit une police d’assurance auparavant.

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Bima : une couverture décès et hospitalisation pour des clients vivant avec moins de 2,50
dollars par jour

L’insurtech kenyane GrassRoots Bima, qui figure dans le classement 2017 des 100 meilleures fintech établi par le cabinet d’audit KPMG et la firme de capital-investissement dédiée à l’intelligence artificielle H2 Ventures, s’appuie le Big Data et l’intelligence artificielle pour offrir des solutions d’assurance très personnalisées à des dizaines milliers de personnes qui travaillent dans le secteur informel. «Nous assurons des catégories socioprofessionnelles jusque-là laissées pour compte et des sous-assurés comme les conducteurs de boda-boda (motos-taxis) et les mama mbogas (vendeuses de légumes et fruits frais), grâce à des moyens technologiques innovants», explique Winnie Badiah, directeur général de la jeune pousse.

Fondée en 2015, la start-up sud-africaine Mobilife cible le segment des classes sociales généralement ignorées par les acteurs historiques de l’assurance-vie. La souscription se fait en quelques secondes puisque le souscripteur n’a qu’à répondre à trois questions sur une plateforme mobile, sans avoir besoin de se soumettre à des examens médicaux. En cas de décès du souscripteur, Mobilife ne verse pas un capital à ses ayants droit, mais leur envoie chaque semaine par textos un code qui leur permet d’acheter des produits alimentaires dans les supermarchés !

En cas de décès du souscripteur, Mobilife ne verse pas un capital à ses ayants droit, mais leur envoie chaque semaine par textos un code qui leur permet d’acheter des produits alimentaires dans les supermarchés !

En Tanzanie, l’assurtech Jamii propose des produits d’assurance santé via le téléphone mobile à partir d’un dollar par mois et par personne. Cette start-up fondée par Lilian Makoi entend désormais déployer sa solution dans cinq nouveaux pays africains, en l’occurrence le Nigeria, le Kenya, le Ghana, l’Afrique du Sud et l’Ouganda. Elle a déjà levé 750 000 dollars, à cet effet. Ce montant s’ajoute à un don de 250 000 dollars reçus en 2017 de la part de la fondation Bill et Melinda Gates.

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Inga Beale, directrice générale du réseau Lloyd’s.

«Les insurtech sont en train de changer la donne en ce qui concerne l’offre de produits d’assurance sur des marchés difficiles à atteindre comme en Afrique», constate Inga Beale, directrice générale du réseau Lloyd’s, un marché d’assurance londonien dans lequel les assureurs se réunissent pour couvrir des risques communs.

Trois différentes stratégies de riposte

Face à la déferlante des assureurs 4.0, les acteurs traditionnels du secteur ne restent pas les bras ballants. D’autant plus que l’essor des assurtech comporte un risque grandissant de perte de chiffre d’affaires et de parts de marché. Les acteurs historiques ont jusqu’ici adopté trois plans de riposte, parfois déployés de façon simultanée : l’investissement dans des jeunes pousses, la collaboration avec elles et le lancement de produits en compétition directe avec ceux développés par les start-up.

Le géant allemand Allianz a ainsi a acquis en décembre 2017, une participation importante dans BIMA, pour un investissement de 96,6 millions de dollars via Allianz X, sa filiale destinée à des investissements sur des sociétés digitales et les insurtech. L’assureur sud-africain Hollard a, lui aussi, investi 20 millions de rands (environ 1,5 million de dollars) dans Naked Insurance. «L’industrie de l’assurance est un secteur qui est incontestablement confronté à une disruption numérique. A Hollard, non seulement nous acceptons le changement, mais nous soutenons pleinement l’intention de Naked Insurance d’apporter des niveaux de transparence et d’innovation sans précédent au secteur», a justifié le directeur marketing du groupe, Heidi Brauer.

De son côté, Sanlam a pris une participation majoritaire dans la start-up Indie, qui développe depuis 2016 des produits d’assurance-vie innovants. Ce leader du secteur des assurances en Afrique du Sud a, dans le même temps, noué un partenariat avec l’insurtech Plug and Play, basée à la Sillicon Valley, pour digitaliser plusieurs produits.

L’assurer kenyan Jubilee Insurance a, quant à lui, noué des partenariats commerciaux avec plusieurs assurtech, dont Blue Wave au Kenya et Jamii en Tanzanie.

Innovant à souhait, l’assureur sud-africain Discovery a préféré marcher sur les plates bandes des insurtech, en lançant des offres basées sur des algorithmes et des capteurs sensoriels, dont Vitality Drive. Cette offre repose sur l’usage d’un capteur automobile DQ Track, qui évalue le comportement de conduite et permet à l’assuré de bénéficier d’une réduction allant jusqu’à 50% sur l’essence dans les stations British Petroleum. Ce capteur permet aussi d’alerter l’assuré par SMS en en cas de comportement différent du conducteur et de la sortie du véhicule d’une zone présélectionnée afin de le prévenir d’un potentiel vol.

Même si leurs relations sont empreintes de méfiance, les assureurs historiques et le nouvel écosystème innovant semblent, pour l’heure, condamnés à coopérer et à cohabiter. Les acteurs traditionnels disposent encore d’atouts dont ne peuvent se doter rapidement les assurtech comme les importantes assises financières, la visibilité sur leurs marchés et la capacité à gérer des contraintes réglementaires particulièrement lourdes.

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